Outil d’observation clinique : le « dessin projectif » de l’enfant ou de l’adulte

(J’ai mis des guillemets à dessin projectif, car ce concept de dessin projectif est souvent erroné, galvaudé, récupéré…)

main qui se dessine

Parce que je n’arrive pas à échapper à ma formation initiale ni à mon passé professionnel, j’ai décidé d’orienter mes recherches sur le processus créatif… D’où mon souhait d’embellir mon statut de monitrice éducatrice avec un diplôme en art thérapie.

MAIS ce que je propose ici n’a RIEN à voir avec l’art thérapie que je conçois ; c’est à dire un moyen de chercher en soi la partie saine à travers le processus créatif, et de l’exprimer par la réalisation concrète d’un objet artistique (une mélodie ou un rythme, un personnage de théâtre, une histoire, une peinture, un poème, une photographie…)

Ce que je propose ici est plutôt un « outil ».

Ce sera peut être pour certains de la psychologie-de-bas-étage, pour d’autres une méthodologie qui n’a rien à faire dans les mains d’un éducateur. Parce que l’analyse appartient au thérapeute. Même si les auteurs des bouquins de méthodologie d’analyse de dessin l’adressent aux thérapeutes, enseignants ET éducateurs… Bref.

Néanmoins, comme je suis une éducatrice dont l’utopie serait la psychothérapie institutionnelle (ça, c’est dit…), et un travail d’équipe épanoui et en harmonie (ça aussi…), je revendique notre droit à l’observation clinique du dessin…

Cette idée ne m’est pas seulement venue en lisant mes livres sur l’interprétation des dessins de l’arbre, ou du bonhomme, ou de la coccinelle bleue, mais avec l’expérience que j’ai vécue cette année à l’IME.

C’était un lundi matin ordinaire. Fin de l’hiver. Pluie. J’arrive à l’école. Et je me fais accueillir par mes collègues : « la maman de D. est morte samedi. Il est à l’école aujourd’hui. L’enterrement à lieu demain. Elle était fragile mais pas malade, elle n’avait pas 50 ans, ce n’était pas attendu. Arrêt cardiaque. »

D. est un petit garçon de 8 ans, souffrant d’une déficience intellectuelle moyenne sans origine organique connue. C’est déjà compliqué pour un enfant « ordinaire » d’appréhender le concept de mort. De la mort d’un parent. Mais alors pour D. … La psychologue l’a accompagné en lui prêtant le livre de Catherine DOLTO, tous les éducateurs, les enseignants l’ont bien entouré, et même les autres enfants, avertis par les adultes, ont été particulièrement attentionnés à son égard. Malgré cet événement, D. est resté fidèle à lui-même. Son comportement n’a pas du tout changé, même s’il exprimait plusieurs fois dans la journée, comme un enregistrement préétabli « ma maman est morte, je suis triste », puis passe rapidement à autre chose. Il n’y avait aucune émotion sur son visage, personne ne l’a vu verser une larme, ce qui étonnait d’autres enfants. Il semblait en revanche se satisfaire de toute l’attention de l’ensemble des adultes et des enfants…

C’est alors qu’un matin, quelques jours après l’enterrement, il nous présente un dessin effectué lors du temps d’accueil. C’est un groupe avec plusieurs personnages. Il nous raconte que c’est sa famille et les nomme. Au milieu, il y a un tout petit bonhomme, plus petit que tous les autres… « ça, c’est maman. Elle est morte. »

Nous étions donc devant une photo de ce que D. vivait, de ce qu’il se représentait des évènements.

Alors je me suis dit qu’il était important d’avoir des clés pour comprendre les dessins. Ils sont, j’en suis persuadée, des photographies du psychisme des individus à un moment m. Donc une clé pour entrer dans leur monde, pour entrer en empathie avec leurs émotions et les accompagner vers un mieux-être.

Il faut que je précise que je suis autant voire davantage influencée par Carl Gustave JUNG et la psychologie analytique que par les théories purement psychanalytiques, mais tout est interrelié.

Pour faire bref – très bref, parce qu’ il faut lire les ouvrages desdits auteurs – , JUNG était un élève de FREUD. Mais pour JUNG, l’inconscient de l’individu fait partie d’un tout, ce qu’il nomme « l’inconscient collectif », que l’on peut étudier notamment grâce aux mythes, légendes, croyances, quasi-identiques d’une culture à l’autre.

Il est important donc d’envisager le dessin de manière globale.

Par exemple, dessiner un chat, ça peut être… dessiner le doudou, l’affreuse bête qui nous a griffé l’œil 3 ans auparavant, le chat de papy qui vient de mourir, le symbole de la liberté, l’animal tout doux mais qui peut sortir ses griffes, la souplesse, le mystère, une déesse égyptienne …… C’est pour cette raison qu’il est intéressant de faire parler la personne, si et seulement si, c’est possible… Si elle a accès au langage.

En outre, il existe deux regards « interprétatifs » :

  • Le psycho-affectif : il envisage la totalité du dessin, soit le tracé, les matériaux, les couleurs, les éléments, l’organisation, etc… et l’ contexte, soit l’histoire de l’individu, ce qu’il raconte éventuellement, pour en faire une lecture « symbolique »
  • Le cognitif : si le sujet est un enfant, il prend en compte son stade de développement. Si c’est un adulte, il est possible de repérer les éventuelles failles psychomotrices.

Je pense qu’une interprétation est réellement dangereuse, qu’il s’agisse d’un éducateur, d’un parent, ou d’un psychologue… Il y aura toujours le filtre du psychisme de l’interpréTATEUR. C’est la raison pour laquelle l’utilisation d’un outil, d’une méthodologie, est essentielle… Et j’ai opté pour la grille. La grille d’observation clinique.

Télécharger la grille (document en format .doc) :

Grille d’observation dessin projectif

Bibliographie (pour cet article ET pour la grille d’observation clinique)

CARIO R., Découvrez et interprétez votre paysage intérieur par le dessin, Editions Dervy, Paris, 2003

FERNANDEZ L., Le test de l’arbre – un dessin pour comprendre et interpréter, In Press, Paris, 2014

JUMEL B., Dessin d’enfant en 20 études, Dunod, Paris, 2015

NAVARRO A., Le dessin du bonhomme chez l’enfant, [document électronique], Aubagne, Académie Aix-Marseille, 2003, http://www.aubagne.ien.13.ac-aix-marseille.fr/aubagne/EspEns/docs/Ressources_Maternelle/lectures/dessin_du_bonhomme.pdf

WEIL P.-G., « Le test d’un dessin d’un bonhomme comme contrôle périodique simple et rapide de la croissance mentale », in Enfance, Tome 3 n°1, 1950, pp 227 – 243, http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/enfan_0013-7545_1950_num_3_1_2188

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